full article on Plasma Contemporary
2026
(...) Your art moves between different cultural references from Gothic and Romanesque to contemporary club and rave culture. How do these ostensibly different worlds connect to one another?
I grew up in an environment deeply invested in art and architectural history. My grandparents are historians specialising in Romanesque and Gothic architecture in Normandy. As a child, I repeatedly played with my sister in the hidden parts of monuments such as Mont-Saint-Michel and Saint-Ouen Abbey, for which my grandfather had the keys. So before becoming political or aesthetic references, the Middle Ages and their contemporary reinterpretations had a deeply emotional significance for me. They are also a way of paying tribute to the body of knowledge and heritage in which I grew up.
Then, I became increasingly interested in the cultural functions of these forms. I have always been fascinated by the tension in late medieval imagery between desire and shame, the grotesque and the sublime. This tension can be found throughout Flamboyant Gothic imagery, where grotesque figures coexist with ethereal ones, I am thinking in particular of The Très Riches Heures of the Duke of Berry, as well as depictions of Hell, which Umberto Eco extensively discusses in his History of Beauty. Later on, the paintings of Hieronymus Bosch, in particular, fuelled some of my earliest visual fantasies. I remember spending hours looking at reproductions of The Garden of Earthly Delights: bodies are devoured, transformed, or brought into states of pleasure, all with a humour that is simultaneously gargantuan and extremely refined.
This is where I find a connection with club and rave culture. Both worlds can oscillate between emptiness and fullness, control and its loss. Both can become spaces in which the body is transformed, transcendented, or temporarily dissolved.
Club culture also contains a productive contradiction between appearance (clothing, aesthetic codes, the performance of the self) and the possibility of genuine bodily liberation. The club can be deeply political and simultaneously profoundly commercial, bringing feminist and queer forms of resistance into contact with the overconsumption and homogenisation of contemporary nightlife.
My experiences with psychedelics in these spaces intensified this connection.
In an environment where we look at ourselves as much as we look at other people’s bodies, such experiences can lead to what is often described as “ego dissolution.” For me, this was particularly revealing: having grown up with a strong sense of surveillance and constant control over my own body, being able to temporarily forget it within a collective and cathartic space was a significant turning point. Psychedelics also changed the way I perceive form: I began to see the world as more fractal and modular, and the self less as an autonomous entity than as part of a larger environment. The individual becomes collective; the boundaries of the body shift.
I regularly collaborate with electronic music producers to give my installations an architectural and immersive dimension. For my solo show Nymphenbrünnen curated by Mathilda Portoghese, I worked with DJ and producer Laze, who also has a background in architecture. Her sound design moved between ethereal, timeless sounds and more physical, immersive textures. The installation could therefore evoke both the ambient music of a rave and almost religious sounds within a cathedral. Perhaps this is where these worlds meet most strongly for me: in their ability to use space, sound, the body, and excess to produce an experience that momentarily transcends the individual.
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interview by Ecem Meric
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Nymphenbrünnen
Un texte de Mathilda Portoghese
Solo Show
Espace Nonono
Non Etoile Saint-Ouen
2026
Adèle Vivet s'inspire des ornementations du sacré chrétien (chapiteaux, tympans, clés de voûte, bas-reliefs) pour produire des formes hybrides en céramique et en impression 3D. Nymphenbrünnen imagine une rencontre charnelle entre ses sculptures et l’architecture gothique de l’abbatiale Saint-Ouen (Rouen), lieu chéri de son enfance. Cette exposition crée un espace de conversation plastique singulier entre l’apparente monumentalité pieuse de l'édifice et la mythologie sensuelle et gloutonne de l’artiste, qui se livre à nous.
Par l’extraction de diverses figures monstrueuses du vocabulaire architectural - la gargouille, les caryatides, la sirène, la méduse, etc - Adèle Vivet en propose une relecture à l’aune de son propre corps, dans un rapport ambigu, à la fois hyper-sensuel et auto-punitif. Dans ce storytelling personnel, elle s’entoure d’une clique de vilaines légendaires aux désirs émancipés et assumés. Pourtant ses monstres intérieurs se présentent toutes nues et moins assurées, pétries de préoccupations viscérales : l'espièglerie de leurs attitudes exprime une voracité qui ne cesse d’enfler face au désir de transgression, suivie par la flagellation mentale et la culpabilité que semble engendrer le plaisir ici.
La série Chimerea, composée de cinq sculptures totémiques, assemble formellement le concept technique des caryatides à celui du bas-relief pour empiler les micro-récits. Ces hydro-chimères sont autant de portraits confessionnels mettant en scène les facettes nuancées et les parts d’ombre d’une jeune femme piégée entre son désir et sa culpabilité, ses déceptions profondes et ses grandes jubilations. Oscillants entre la précision technologique de l’impression 3D et l’adresse humaine de la céramique, ces nymphettes Boschiennes semblent avoir sauté à bord du vaisseau Goa'uld d’un spin-off érotico-parodique, et évoquent joyeusement cette esthétique de la pornographie ludique du hentai ou encore de l’erotic comics.
Au cœur de ce cortège de femmes fontaines résiste une obsession : celle de l’enveloppe charnelle qui défaille dans le paradoxe, d’un corps dévoré par la honte judéo-chrétienne, corseté par les injonctions sociales et morales mais saisi d’un appétit polysémique sans pareil. Le travail d’Adèle Vivet donne forme à cet abîme intime : ses sculptures exsudent avec beauté la laideur, l’excès et les fluides, avec des détails qui évoquent le vomi, la cyprine, les larmes, la salive et le sperme. Chaque figure semble à la fois jouir et souffrir de sa propre matérialité, tout en avouant avec une tendresse universellement adressée, les pulsions, les failles et les désirs longtemps cherchés à être contenus ou effacés.
Collaboration avec la DJ et compositrice LAZE : Une création sonore immersive conçue par Laze, musicienne invitée, vient amplifier cette atmosphère trouble et viscérale, pour envelopper l’espace d’un paysage sonore organique et matérialiser cette porte entre deux époques qu’Adèle Vivet entreprend d’ouvrir.
Mathilda Portoghese
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La Sorcière et la Sirène
Un texte de Camille Minh Lan Gouin
Duo-show avec Blanche Vivet
La Grande Passerelle - Saint-Malo
2025
Elles jouent sur les bords de mer, dans la forêt, dans la brume, l’écume ou la fumée. Elles sont en train d’inventer un jeu, d’en écrire les règles. Leurs gestes simultanés se répondent sans cesse et ravivent les jeux d’enfants, leur magie et les fantasmes qu’ils charrient. Enfermées dans leur bulle et absorbées par les histoires qu’elles se racontent, on pourrait les confondre avec des jumelles. Mais elles refusent d’être le double l’une de l’autre, elles doivent se différencier et choisir un rôle propre à chacune dans les fictions initiatiques qu’elles se racontent. L’une sera la sirène et l’autre la sorcière, mais ça pourrait être l’inverse. Elles sont tantôt pile tantôt face. Mais peu à peu quelque chose cède et les éloigne l’une de l’autre ; elles doivent se séparer si elles veulent encore jouer ensemble. La distance se creuse si bien que l’une reste dehors, l’autre préfère se réfugier à l’intérieur. Mais le jeu auquel chacune joue de son côté est le même.
À la manière des récits de fantasy, un monde alternatif caractérisé par une faune et une flore endémique s’ouvre à nous, loin de la rationalisation et des mondes industriels et urbains que nous habitons. Ces espaces d’un charme inquiétant sont peuplés par des créatures s’écartant de l’humanité comme les sirènes ou les sorcières.
Adèle Vivet emploie dans son travail un rapport au corporel très fort. Des silhouettes émergent de formes organiques acérées. Ces corps qui se meuvent et se contractent reflètent les états émotionnels traversés par l’artiste ainsi qu’une certaine perception de son propre corps. La matérialiser à travers des figures archétypales lui permet d’appréhender et d’exorciser cette vision d’elle-même. Ces personnages sont les vecteurs des passions de l’artiste, ils les jouent à sa place à l’instar de persona opérant une catharsis. Certaines pièces sont d’ailleurs des accessoires permettant à l’artiste d’activer ses personnages en les incarnant. Ces objets renferment donc un potentiel transformateur, capables d’une altération de la réalité et de la perception de soi. L’artiste se figure elle-même parmi ses personnages, à la manière d’un caméo, dans l’Autoportrait à la bouche grande ouverte, menaçante.
Blanche Vivet aborde davantage la peinture par la contemplation de ce qui l’entoure. Des éléments issus du vivant et de la nature tels que des racines, des fleurs, des organes ou des flammes se tordent et s’épanouissent dans en fractales. Chaque peinture décrit un seuil, une transition d’un monde à l’autre dans lesquels l’enchantement peut être à la fois merveilleux et terrifiant. L’artiste cartographie des espaces qui ont des échelles variées pour en souligner leur part de mystère et de magie. Dans une sorte de nostalgie de l’éphémère, comme son enfance envolée, elle s’attache à capturer le mouvement, attraper les souvenirs pour s’entourer de paysages à l’allure mystique. Faisant écho aux jeux vidéo, certaines peintures restent dans un état de flou signifiant des territoires qu’il reste à explorer et une quête à achever.
Au fil de l’exposition, les pièces des deux sœurs se lient, se mêlent et se superposent.
Lorsque l’être humain attend des faux jumeaux, il existe des cas où les deux embryons fusionnent pour n’en devenir qu’un combinant deux ADN distincts. Les enfants issus de ce processus appelé “chimérisme” portent alors un ADN différent en fonction des parties de leur corps. La réunion de deux fausses jumelles produit donc une chimère. Il arrive que la sirène et la sorcière fusionnent en une seule unité gémellaire : la Sorène.
Camille Minh Lan Gouin
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Podcast Concrètement Flou
Marcelle Germaine
2024
“Bonjour, bonsoir à toustes
Après des mois et des mois de silences radio, je suis ravie de revenir à vos oreilles accompagnée de l’artiste Adèle Vivet.
Avec un parcours de Designeuse, ensemble nous nous sommes lancé dans un vrai papotage d’atelier où nous avons disséqué son évolution de designer à artiste ! Nous avons parlé de ses études, de la manière dont elle a développé et enrichi son travail sculptural vers la peinture. Nous avons échangé sur sa vie d’artiste à plein temps, sur sa prochaine résidence artistique à St Malo et la manière dont elle recentre l’intime dans son travail au côté de sa soeur Blanche Vivet.
C’est un épisode qui part un peu dans tous les sens et qui est très représentatif des conversations que je peux avoir en atelier !”
à écouter sur Spotify : https://open.spotify.com/episode/2KZuWCDR0ZLFEIAHRajPqM